Nous le savons, la vie est jalonnée de deuils. Qu’ils soient des deuils de situations, de compagnons de vie ou d’êtres chers, ils font partie de la vie de chaque être humain.
Les séparations, pour autant qu’elles initient de la souffrance, sont donc des deuils qui nécessitent l’engagement d’un processus pour être acceptés et intégrés.
Ainsi, l’enfant rencontre bon nombre de séparations qui peuvent enclencher un besoin de processus d'acceptation : naître, changer d'école, changer de copains, changer de sport,... et peut-être déménager ou voir ses parents se séparer.
L’enfant est en sécurité dans ses repères journaliers : le réveil, l’école et les copains, le retour à la maison, le sport, l’heure du souper, le rituel du coucher, les visites familiales hebdomadaires. La séparation des parents vient bousculer cet équilibre et lui demander un effort de suradaptation pour passer d’une façon de vivre à l’autre de semaine en semaine, pour se séparer de son parent d’une semaine à l’autre, pour changer d’endroit de vie et de repères d’une semaine à l’autre. Et, en silence, l’enfant traverse certaines étapes de deuil sans forcément qu’on s’en rende compte : tristesse, colère, état dépressif,…
L’enfant fera le deuil de la séparation de ses parents à son rythme, et y replongera par moments selon son stade de développement mais vous, parents, pouvez, en parallèle, faire en sorte que ce soit un peu plus doux pour lui.
Pour ce faire, je vous laisse ici quelques conseils dont la liste n’est pas exhaustive mais qui pourraient aider votre enfant à se sentir considéré, à se sentir reconnu dans les émotions qu’il vit et à pouvoir prendre le temps de cheminer dans son processus de deuil.
Votre enfant risque de se sentir responsable :
Comme dans tout deuil, l’enfant peut se sentir responsable de la situation et penser qu’il n’a pas été sage, qu’il n’a pas assez bien travaillé à l’école, qu’il n’est pas assez aimable,... Ou simplement, parce qu'après une énième dispute (dont il était peut-être même le sujet), il s’est vu penser qu’il serait mieux que ses parents se séparent plutôt que de se crier dessus.
Il est donc nécessaire de rendre à l’enfant sa place dans le système et de le rassurer sur la responsabilité qu’il n’a pas à endosser dans la séparation. Il peut être nécessaire de revenir plusieurs fois sur le sujet, chaque parent à son tour, afin de rassurer l’enfant et de lui enlever ses idées bien ancrées.
Inquiétez-vous de ses ressentis :
Il est important de demander à l’enfant comment il vit les choses, comment elles pourraient mieux lui convenir, en l'écoutant. Non pas avec votre ego d'adulte qui sait mieux que lui ce qui est bon pour lui, mais avec votre cœur, en vous hissant à la hauteur de ses sentiments. Vous verrez que les choses peuvent être fort différentes de ce que vous imaginiez. Laissez-le s’exprimer, sans tenter de le raisonner, ou pire, de le contredire en pensant avoir raison. Il fait partie de la famille, il est le trait d'union entre votre ex et vous et est obligé de s'adapter aux différents schémas parentaux. Il est tout aussi impacté que vous par la séparation, si pas plus, et ses émotions et ressentis sont donc légitimes.
Vous pouvez, par exemple, lui demander « comment c’est pour toi la séparation de maman et papa ? » « Que pourrait-on faire pour que ce soit moins lourd pour toi ? Pour que tu te sentes plus à l’aise dans ce gros changement qui n’est pas évident ? ».
Ne faites aucune promesse que vous n’êtes pas certain(e) de tenir :
Ne faites pas de fausse promesse à votre enfant. Évitez de lui dire que ça va bien se passer, que maintenant vous allez enfin être heureux. Soyez honnête en lui disant que vous ferez en sorte que ça soit le moins inconfortable possible malgré tous les changements mais que vous ne pouvez pas lui dire que ce sera facile, que vous avez quitté son autre parent parce que vous étiez malheureux(-se) mais sans lui garantir que ça va changer puisque vous n'en avez pas la certitude. En effet, votre enfant verra de toute façon que la séparation nécessite une grosse adaptation et saura si vous accédez (enfin) au bonheur, ou pas. Il est important qu’il puisse continuer à vous faire confiance.
Ne mandatez pas votre enfant à être heureux pour vous :
Après une séparation, il arrive qu’un des parents s'arrête de vivre pour lui-même et se consacre exclusivement au bien-être de son enfant au point d'oublier de prendre soin de lui. Cela représente une dette pour l’enfant, qui se sent obligé d’être heureux pour son parent alors que son cœur n’en a peut-être pas du tout envie. Soyez l'exemple, soyez heureux(-se), épanouissez-vous et vous permettrez à votre enfant d’avoir accès à cet espace d'épanouissement sans que ce ne soit une obligation, de la loyauté pour vous faire plaisir.
Soyez respectueux(-se) dans vos demandes et remarques :
N’interdisez pas à votre enfant de parler de l’autre parent devant vous. Si vous n’arrivez pas à gérer les émotions que cela provoque en vous, faites-vous aider par un professionnel. Si vous interdisez à votre enfant de parler de son autre parent, il pensera encore plus à lui. C’est difficile de voir une porte se fermer pour en voir une autre s’ouvrir à chaque changement de semaine. Il supporte ce changement et s’adapte mais n’en oublie pas pour autant son autre parent. Il se sépare de ses repères matériels, de ses repères journaliers et doit se séparer d’un parent et peut-être même de demi-frère(s) ou soeur(s). Ne forcez pas la séparation au-delà du raisonnable.
Aussi, il n’y a rien d'utile à descendre publiquement l’autre parent. Chacun aura sa vision de la situation selon son angle de vue. Si les perspectives peuvent être fort différentes, rappelez-vous que votre enfant est au centre mais n’en est pas pour autant un arbitre. Il n’est pas nécessaire de lui fournir une vision erronée de votre ex, sachant que votre vision dépendra de vos ressentis, de vos blessures réactivées, de votre amour propre. Il n’y a pas de points à attribuer et votre enfant n’est pas juge.
Ne vous servez pas de votre enfant comme un objet pour atteindre et blesser votre ex, pour lui mettre des bâtons dans les roues ou lui faire regretter la séparation. Celui qui souffrira le plus d’être au milieu, c’est l’enfant. Et ce sont des blessures qui s’ancreront profondément au point d’impacter de nombreux choix dans sa vie future. Il n’a pas choisi la séparation, il n’a pas à en payer les préjudices.
Enfin, votre enfant n’est pas un objet. Evitez les phrases telles que « Je te le ramène à quelle heure ? » « Tu le récupères après le sport ? ». Votre enfant n’est pas un objet à trimballer de droite à gauche, c’est un être humain en pleine tempête. Préférez des phrases plus douces, moins pratico-pratiques mais dans lesquelles il se sentira considéré.
Le temps est un allié :
Combien de temps avez-vous pris entre le moment où vous avez pensé à vous séparer et le moment où ça a été acté ? De longs mois peut-être si ce n’était pas une mesure urgente. Il vous a fallu intégrer l’idée de changer de vie, de changer de repères, de vivre sans l’autre, de vous séparer de certaines choses. C’est pareil pour votre enfant, ne le bousculez pas, n’essayez pas de le faire avancer trop vite, ne le brusquez pas. Il a besoin de temps pour comprendre la nouvelle disposition du système, pour intégrer l’information, pour trouver de nouveaux repères et donc un nouvel équilibre. Soyez patient(e).
Nous avons abordé, ici, la séparation des parents. Mais ce processus peut évidemment s’enclencher dans d’autres cas de séparation : après des liens coupés avec un membre de la famille qui jouait un rôle dans la vie de l’enfant (parrain, marraine, grand-parent, beau-père ou belle-mère en cas de famille recomposée,…).
Ce sont là des conseils pour permettre à l’enfant d’avoir l’espace pour apprivoiser ses émotions, les changements qu'impose la séparation et pour pouvoir se concentrer sur l'acceptation de ce changement sans devoir se sentir tiraillé, inexistant ou mal aimé.
Faites de votre mieux et si, par mégarde, sous un excès de frustration, de nervosité ou de difficulté à vous exprimer, vous sentez que vous avez mal réagi, ne vous flagellez pas, excusez-vous auprès de votre enfant tout simplement.
Pour terminer cet article, j’aimerais vous sensibiliser au fait que la séparation des parents peut faire crise et devenir un événement traumatisant si, antérieurement à cette séparation, l’enfant ne vivait pas dans un contexte de sécurité qui peut être dû à des scènes de disputes entre parents ou de violence conjugale, ou si l’enfant était victime de violences intrafamiliales psychiques ou physiques, ou si le niveau de vie était précaire et instable. Dans ce cas, il est primordial de faire accompagner l’enfant par un professionnel de la santé mentale.
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